La fleur de l’Ophiopogon

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Fleurs d’Ophiopogon, Cérences le 4 juillet 2016

Pour répondre à Sabine & Jean-Luc qui m’ont envoyé récemment une photo d’Ophiopogon des Jardins de Chaumont-sur-Loire, et également faire écho à un article du mois d’avril dernier (« Des herbes noires »), je suis très fière de vous envoyer une photo des premières fleurs de cette Asparagacées de mon jardin.

Son nom est Ophiopogon planiscarpus nigrescens, ce qui signifie « la barbe du serpent » mais est surtout communément appelé le muguet du Japon.

Ma pauvre plantation d’avril dernier, bien qu’assiégée par les escargots, visitée par les limaces et finalement broutée par les chèvres de mes voisins, a su vaillamment résister aux attaques et m’offre en cadeau quelques fleurs de blanches pétales et de sépales violets.

La morale de cette petite histoire verte est qu’il ne faut pas baisser les bras à la moindre offense du monde, mais juste courber l’échine et continuer patiemment son ouvrage. Coûte que coûte, cette modeste herbe se reproduit et saura trouver sa place dans mon jardin.

Je tâcherai de raconter son histoire à l’hortensia grimpant d’en face qui lui, n’a pas su affronter les dents de chèvre, ni le Rotofil du jardinier zélé ou encore à la bignone qui se dénude de jours en jours suite aux mêmes assaillantes caprines.

Toutefois, il serait honnête de vous préciser que ma jardinière où s’érigent triophalement trois feuilles d’Ophiopogon est absolument ridicule actuellement : cette herbacée n’a de grâce qu’en grand nombre, comme un massif touffu et non juste en brin isolé !!! Je viens de le constater à force de visiter des jardineries et autres espaces verts. Donc, je vais vite lui trouver des copines vertes pour l’accompagner dans sa lutte et me garderai bien de me moquer d’elle.

Sa couleur noire est néanmoins intéressante lorsqu’elle est confrontée avec une autre couleur. Actuellement en co-location avec une Cordyline australis Charlie Boy (rose et rouge), elle est idéalement placée. Il ne me reste plus qu’à attendre sagement la magie du vivant et de vous poster une photo de la belle herbe noire dans une ère plus gracieuse.

L’oiseau de paradis noir

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     Strelitzia nicolai, Madère mai 2016               

C’est avec grand plaisir que j’ai redécouvert une singulière fleur à Madère. Elle n’est pas endémique de l’île mais originaire d’Afrique du Sud. Elle pousse toutefois partout en plein air sur la péninsule portugaise. Elle est gigantesque, bien plus grande que sa demi-sœur dont elle semble n’être que sa copie en noir & blanc !!!

On connaît tous le Strelitzia reginae, l’oiseau de paradis multicolore qui envahissait les bouquets de fleurs séchées dans les pots en étain de nos enfances. Je m’amusais d’ailleurs à pincer la grosse coque verte pour vraiment être sûre qu’elle n’était pas en plastique !!! Je trouvais en effet cette fleur improbable, trop colorée et sculpturale pour être vraie.

Alors évidemment, lorsque j’en ai vu partout à Madère, j’ai d’abord eu un relent d’images « vintage » dans ma tête !! Comme celle du hall de l’hôtel St Jean au Touquet Paris-Plage où j’ai passé de nombreuses et ennuyeuses vacances : le gardien de nuit Joseph à l’accueil, derrière un comptoir en bois marron sur fond de murs moquettés marron. Quand on rentrait dans l’hôtel, on voyait d’abord le vase en grès marron, gorgé de fleurs séchées marronnasses (monnaie du pape, épis de blé, herbes de la pampa grises) ET un oiseau de paradis en plein milieu. Puis, apparaissait la petite tête de Joseph en deuxième plan lointain. Ces décorations florales étaient certainement à la mode en 1978, mais question esthétique, c’était absolument irrecevable.

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Strelitzia reginae, Madère mai 2016

Aujourd’hui, voir des massifs entiers de Strelitzia reginae sur l’île de Madère est un beau spectacle et non pas un culte dédié au mauvais goût ! Mais cela ne vous étonnera pas que je préfère admirer cette même fleur en variété noir & blanc.

Des bractées ardoises qui crachent des pétales blanches teintées de bleu et de violet … Un feuillage dense, comme une gigantesque forêt de feuilles bleu nuit similaires à des feuilles de bananier (pouvant dépasser largement 3m) …

Mon chagrin est de ne jamais pouvoir en cultiver en Normandie, à moins d’investir dans une serre tropicale digne du parc André Citroën à Paris. Mais je suis contente de savoir que l’oiseau de paradis, fleur aux allures kitsch, ingérable dans un bouquet et extractrice de souvenirs poussiéreux et marronneux, peut se faire belle et noble en milieu naturel … Surtout quand elle est noire !!!

 

De retour

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       Jardim Botanico Madeira 30 mai 2016

Après quelques semaines d’errance, je reviens. Mon ombre ondulait sur un chemin de pavés noirs en basalte. Mon ombre est restée à Madère. J’ai aussi laissé quelques marques de bâton sur des chemins de Corse mais le corps (et la tête) est bien rentré en France.

Pour répondre au commentaire très avisé de Martine (merci grande « followeuse »!!), je voudrais rectifier mon dernier article où j’ai commis l’erreur lamentable de confondre Gérard Philippe avec Alain Delon (désolée, mais pour moi, les mecs à cheveux longs s’appellent tous Francis Lalanne !!!!). La Tulipe Noire c’est évidemment Alain. À l’époque, je devais déjà ne regarder que l’héroïne prénommée Caroline (interprétée par Virna Lisi qui sera bien des années plus tard Catherine de Médicis dans la Reine Margot !!).

À propos des ombres, je vous invite enfin à écouter le très belle chanson de Françoiz Breut « Regarde l’ombre », extrait de son dernier album. C’est pas Valmy, c’est pas Verdun, mais c’est assez proche d’une certaine mélancolie positive.

 

La tulipe noire

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Tulipe noire, le Mesnage d’Airou, 11 mai 2016

Bien absente ces derniers temps car bien absorbée par moults activités, dont celle précieuse de partir en vacances. Je vous quitte pour aller crapahuter dans les chemins de l’île de Madère d’où je prendrai pléthore de photos de fleurs en guettant LA fleur noire.

En attendant, je vous laisse comme une signature, une fleur audacieuse à aimer et contempler : une tulipe noire. Tout le monde se rappelle du film avec Gérard Philippe en beau gosse insolant qui jetait une tulipe noire comme signature à un délit assumé et irrévérencieux. Mais avant d’être un film, la Tulipe noire est un roman d’Alexandre Dumas : et ce qui me fait plaisir c’est que le héros de ce roman n’est pas un comédien super canon qui saute sur son cheval en plein galop, mais un médecin apprenti horticulteur (Cornélius van Baerle) qui consacre ses travaux à la fabrication de la tulipe noire (l’action se déroule en Hollande en 1672 où cette fleur n’existait pas encore).

Personnellement, ça me rassure un peu. Ce Cornélius ne devait peut-être pas savoir monter à cheval, ne devais pas porter des chemises blanches aux amples manches qui flottent au vent et ne devait certainement pas porter la queue de cheval avec virilité !!!! Non, le personnage d’Alexandre Dumas devait avoir un peu de ventre, devait ripailler et rire fort avec ses amis hollandais et cogiter non stop sur le mystère de la couleur d’une fleur. J’aime bien l’idée.

Eh bien ce soir je fais de même, je pars cogiter sur le sens de la vie des fleurs de Madère et jette sur la toile cette tulipe de mon jardin et vous dis à bientôt !!

Des herbes noires

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Ophiopogon aux Pépinières d’Elle

Je choisis une belle herbe noire pour évoquer mon stage que j’effectue actuellement aux Pépinières d’Elle, à côté de St Lô.

Ces plantes sont actuellement en production, c’est-à-dire qu’elles sont mises en pot et dorlotées par la responsable des vivaces (Cécile) et ne seront mises à la vente que dans quelques mois. Histoire que leurs racines aient le temps de fortifier et ainsi avoir une meilleure tenue dans le sol.

Des centaines de plantes attendent sagement dans une grande serre. 

Très fière, j’avais la mission d’agraffer les étiquettes sur les pots (en novembre 2015), ce qui est un très bon exercice de reconnaissance des végétaux !!!

J’aime particulièrement travailler dans cet endroit: le silence y est d’or, et s’occuper de pleins de petits plants me ravit. Fourrager mes mains dans la terre, rajouter un peu d’engrais, tailler des racines, ou encore seulement observer tous ces petits « enfants » me donne l’impression d’être utile.

Et ça, c’est pas rien.

Le cosmos

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Cosmos chocolat

De nouveau en stage aux Jardins d’Elle, je scrute les moindres belles anthracites.

Si je vous demande: le cosmos, c’est quoi pour vous ? Vous me répondrez que c’est un ailleurs, un ensemble de planètes, un horizon d’infinis et qu’il y en a même 99.

Pour moi, le cosmos est avant tout une fleur fragile, très gracile qui tangue au vent.

 

La demoiselle a 43 ans

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Une demoiselle de Guyane

En ce jour magnifique, je m’accorde un peu de légèreté et ne battrai des ailes que 43 fois afin de rebondir sur d’autres noirs végétaux. Mes yeux sont rouges de trop veiller à garder les quatre fers en branche, et je ne dévoile pas ma belle cape anthracite comme ça, devant n’importe qui.

J’ai toutefois l’étrange sensation que l’on me remarque, bien découpée sur le fond vert de rigueur. Alors, je vole sans me soucier de demain. Si j’étais un chanteur populaire des 70’s, je serai aussi de noir vêtu et avec les mêmes lunettes fumées Yvesmourousesques, je chanterai « je vole, je ne m’enfuis pas, je vole » ….

Demain, on verra bien de quels noirs dessins le demain est fait. Je n’ai pas de trompe, alors je mange un gâteau d’anniversaire avec mes yeux et ma bouche ventouse. Je ne broierai pas de noir, promis.

 

 

La fleur Panda

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Asarum maximum « Panda Face » ou « Siver Panda »

En errant parmi les très nombreux stands du Festival des Jardins au château de St Jean de Beauregard le week-end dernier, j’ai fait la connaissance d’un couple d’anglais qui propose à la vente les productions de leur jardin. En échange de 4€, j’ai adopté (entre pléthore d’autres belles plantes) un Asarum maximum, appelé plus communément le grand Asaret, une herbacée vivace originaire de l’Himalaya qui règnera (je l’espère) à l’ombre d’un coin du jardin.

Actuellement, ne s’épanouit dans un petit pot qu’une discrète feuille de quelques centimètres. Mais j’aime beaucoup l’idée, après quelques recherches sur cette nouvelle recrue, qu’émergent le long de ma maison, ces petites fleurs N&B cachées sous les jupons de leurs feuilles. L’allure globale de cette plante me fait penser à un chapeau des catherinettes, où des petits yeux noirs frémissent sous un galurin sophistiqué assez large pour masquer l’heureuse enjouée !!

Et c’est alors qu’intervient dans cette anecdote d’apprentie aménageuse paysagère une autre dimension assez amusante. Cette petite vivace appartient à la famille des Aristolochiacées. Or, la charmante dame anglaise qui me l’a vantée semblait une digne représentatrice de la belle société !!! Le bob huilé Barbour vissé sur une tête préraphaélite digne de l’Ophélie peinte par John Everett Millais, le teint roux Huppertien, et la cape Burberry’s, autant d’indices qui me laissaient présager que cette personne s’amusait en la terre de William the Conquer non pas pour « vendre absolument » mais pour « partager résolument » sa passion du « ever green ».

Me voilà bien amusée de constater que, comme au théâtre, le spectacle est parfois dans la salle : ce festival est très intéressant non seulement pour trouver la petite plante rare mais aussi pour baigner dans un monde auquel je n’appartiens pas forcément. Mais … qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !!!

 

 

 

 

 

Les hellébores élaborent

Pour la deuxième année consécutive, je vais arpenter dès demain et tout le week-end le merveilleux Festival des Jardins à St Jean de Beauregard (Essonne). Lors de cet incroyable regroupement de tous les horticulteurs et autres paysagistes de France et de Navarre, on ne se fait pas recevoir sur les roses ! On fait le poireau devant un stand de plantes exotiques, c’est la course à l’échalote dans les allées sinueuses gorgées de spécimens rares, des enfants naissent dans les choux, on peut acheter un coussin de belle-mère même si on en a pas (de belle-mère !) et … On peut même tomber dans les pommes tellement le monde curieux du végétal afflue.

L’année dernière, j’avais fait l’acquisition de cette belle Helleborus x hybridus d’un noir profond. Aujourd’hui, elle prospère après s’être démultipliée dans un pot de fer déjà trop petit pour toute la famille verte … Enfin noire. Les anglais la définissent de couleur « chocolate-brown » ou bien « rich black ».

J’aime de plus en plus les Helleborus et plus particulièrement ce cultivar, pas du tout triste bien que noir. Au contraire, les pétales sont de subtile couleur qui va du rose au bleu, comme une flaque de pétrole sur du bitume.

Sa floraison est plus que généreuse alors que, timide, elle avance tête baissée dans l’ombre, l’hiver et le début du printemps. Résignée ou bien obtuse, elle défit les intempéries en courbant la tige. Sa tête, peut-être trop lourde, pèse et ne se relève jamais. En plus de sa couleur sombre, j’aime cette obstinée faite fleur, et pour paraphraser la merveilleuse chanson de Dominique A : « Si seulement nous avions le courage des oiseaux qui chantent dans le vent glacé », j’ai envie de sourire : « Si seulement j’avais le courage des Hellébores qui fleurissent dans le vent glacé ».

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Les cardinaux noirs

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Granville, samedi 2 avril 2016

Une ville grise par excellence. Tout est gris, la mer, le ciel, le granit. Les points cardinaux sont juste noirs pour mieux indiquer la route à suivre. J’aimerais beaucoup réaliser des jardins dans cette ville si grise parce que forcément, la couleur doit y régner, plus lumineuse.

Mais, à bien regarder, le gris de la mer est aussi vert et bleu. La pierre est un peu rose. Les rochers sont bruns mêlés d’écumes blanche et jaunâtre. Ce sont donc les couleurs primaires, non ?